« Confiance », vous avez dit « confiance » ?

 

« L’école de la confiance »

Depuis cinq ans, la communication du ministère est basée sur « l’école de la confiance ». Pourtant force est de constater qu’année après année les mesures prises ont fait contre elles l’unanimité des acteurs de l’éducation. L’APMEP a dénoncé de nombreuses fois les conséquences délétères de la réforme du lycée, des changements de programmes intempestifs, des modifications profondes de la formation initiale des enseignants au mépris des remontées des acteurs impliqués. Plusieurs tribunes signées par des représentants des enseignants, des chefs d’établissement, des inspecteurs ou d’autres responsables ont donné l’alerte sans succès. Mais la confiance ne s’impose pas, elle s’acquiert… et surtout elle se mérite.

Vainement, les acteurs de l’éducation ont cherché une écoute, fait des propositions et tenté de pallier sur le terrain les conséquences négatives des réformes imposées. Ils ont espéré un dialogue, puis des compromis qui auraient pu respecter les objectifs poursuivis tout en tenant compte des remarques constructives. Faire écrire des programmes ambitieux ne suffit pas à donner de l’ambition à l’école car les moyens ne suivent pas. Manque de formation continue des enseignants, baisse du nombre d’heures dédié à certaines matières, augmentation des effectifs, réduction drastique des sciences dans le tronc commun… Nos craintes se sont révélées exactes, et malgré les constats, nous ne sommes toujours pas entendus.

« On peut débattre de tout sauf des chiffres » dit une campagne gouvernementale, et comme les chiffres sont donnés par la DÉPP [1], on ne débat pas : dans la voie générale, seulement 6,5 % des heures d’enseignement scientifique du tronc commun sont dispensées par des professeurs de mathématiques, baisse de 18,2 % des heures de mathématiques entre 2018 et 2020 en cycle terminal, le nombre de professeurs qui suivent les élèves d’une même classe passe de 18 à 30 en moyenne en Première, la part des filles ayant choisi la Spécialité Mathématiques en terminale passe de 41,9 % à 39,8 %.

Dans un monde qui vit une révolution numérique, où l’on espère développer des start-up, former des ingénieurs, des chercheurs et des techniciens, trouver des solutions au dérèglement climatique, inventer de nouvelles énergies durables, est-il raisonnable de sacrifier les sciences dans le tronc commun du cycle terminal en voie générale ? La pandémie, qui s’invite dans une situation déjà dégradée, nous a fait subir des perturbations, vague après vague, sans qu’aucune adaptation ne soit concédée dans les programmes chargés, sans moyen humain supplémentaire, ni allègement d’effectifs. Maltraités ainsi, élèves et professeurs, comment pourrions-nous encore parler de « confiance » ?

Nous espérons des choix cohérents, qui permettent à tous les acteurs du système éducatif de travailler sereinement avec des objectifs clairs et accessibles. Nous voulons le meilleur pour nos élèves : un climat scolaire apaisé, un tronc commun équilibré qui permette au plus grand nombre de s’approprier les notions indispensables aux futurs citoyens, un cadre dans lequel les enseignants accompagnent le parcours de chaque jeune, des programmes équilibrés qui offrent des poursuites d’études vers des filières générale, technologique ou professionnelle d’avenir et un temps raisonnable pour les mettre en œuvre. Les élèves y gagneront une confiance en eux et en leurs enseignants car la confiance ça se gagne jour après jour.

 

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