Éditorial du BGV n° 198

Pour une culture mathématique commune.

- 8 février 2018 -

 

«  Les mathématiques de nos jours sont souvent perçues comme un domaine ingrat, plus ou moins incompréhensible et intimidant. […] Or, loin d’être cet objet dont on ne sait que faire en dehors de quelques applications calculatoires, les mathématiques sont au cœur de la construction de ce qui fait l’humanité.  »

Michel Blay, tribune dans Libération, 28 février 2011

« Je suis nul en maths ! », cette petite phrase, tantôt brandie comme une fierté (par des personnes ayant « très bien » réussi leur vie), tantôt comme un aveu un peu honteux, nous l’entendons à longueur de temps… Pourtant, à chaque fois que des actions de diffusion des mathématiques sont organisées, elles rencontrent beaucoup de succès : salon des jeux mathématiques, rallyes, Semaine des mathématiques, musées,… les exemples sont nombreux. Dès lors, il est légitime de se demander pourquoi, au sein du système scolaire, les mathématiques sont plutôt perçues comme « cet objet dont on ne sait que faire », au point que certains élèves puissent abandonner leur apprentissage.

Les mathématiques occupent une place particulière au sein des disciplines scolaires, et à plus d’un titre. D’abord, la maîtrise du sens des nombres est une compétence essentielle pour tout individu, tant pour sa vie professionnelle que sa vie personnelle (au même titre que la lecture et l’écriture). Mais les mathématiques sont aussi probablement la discipline perçue aujourd’hui comme la plus décisive pour mesurer la réussite scolaire d’un élève. Cette perception, si elle est basée sur des faits objectifs (les métiers liés aux mathématiques sont nombreux et socialement valorisés), fait aussi parfois perdre de vue bien d’autres enjeux de notre enseignement.

Les savoir et savoir-faire enseignés en classe ne constituent pas seulement des moyens pour résoudre des problèmes, qu’ils soient issus de la vie courante ou professionnelle, mais ils participent aussi d’une véritable culture scientifique qui peine parfois à être reconnue au même titre que la culture artistique ou les humanités. Actuellement, au lycée, cet aspect culturel des mathématiques est plus ou moins réservé aux bacheliers scientifiques, alors même qu’il devrait être partagé par tous. Ainsi, l’enseignement des mathématiques dans les formations professionnelles et technologiques est perçu comme devant être immédiatement utile, sans parler des bacheliers littéraires qui en sont totalement privés. Il est compréhensible de différencier le niveau de maîtrise technique en fonction des projets individuels des élèves, mais il est essentiel d’assurer une culture mathématique commune à tous. Nous espérons que les réflexions en cours sur le lycée général et technologique, ainsi que sur la voie professionnelle, permettront à tous les lycéens de bénéficier d’une formation en mathématiques qui leur permette de poursuivre des études, bien entendu. Mais au-delà, chacun doit pouvoir percevoir les mathématiques comme un moyen de poser un regard sur le monde qui l’entoure.

 

Le bureau de l’APMEP