Éditorial du BGV n°202

Frénésie médiatique et pénurie d’informations

- 10 octobre 2018 -

 

Malgré les vacances scolaires, les derniers mois ne nous ont pas laissé de répit en ce qui concerne les annonces et publications officielles : ajustement de programmes des cycles 2 à 4, réforme du lycée général et technologique et du baccalauréat, évaluations en seconde, … Et puis il y a aussi les informations que nous attendons encore, en particulier les repères de progressivité pour l’école élémentaire et le collège et les programmes pour les lycées. Quant à la formation initiale et au recrutement des enseignants, entre rumeurs et annonces médiatiques contradictoires, nous n’avons aucun élément tangible sur ce qui se prépare.

Au-delà de l’incertitude permanente que cela suscite pour nous, les élèves subissent aussi les conséquences de ce rythme. Les évaluations de CP, sixième et seconde, ont été organisées sans que nous sachions réellement à quoi elles serviraient : comment penser que nous attendons plusieurs semaines pour établir un diagnostic des besoins de nos élèves ? Mais si ce n’est pas pour cela, alors pourquoi organiser ces évaluations pour tous les élèves ? La DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) dispose déjà de résultats obtenus sur des échantillons pour évaluer les performances du système éducatif. Dans les lycées, les élèves de seconde et leurs familles ne savent pas ce qui les attend l’année prochaine. Nous avons tous bien entendu que les réformes prévues pour les lycées généraux, technologiques et professionnels avaient comme objectif de mieux préparer les élèves à réussir leurs études supérieures. Nous savons tous les difficultés observées actuellement dans le premier cycle universitaire. Mais sommes-nous tous d’accord sur l’analyse des causes de cet échec ? En quoi les réformes annoncées sont-elles des solutions pour remédier à ce constat ? Ce qui est certain, c’est que le calendrier imposé pour cette année ne permettra pas de préparer sereinement les élèves de seconde à faire un choix éclairé et réfléchi pour leurs spécialités de première.

En ce qui concerne les mathématiques, choisir ou pas la spécialité en première générale sera particulièrement crucial, en particulier à cause de l’absence notable de notre discipline dans le tronc commun. Et les deux heures hebdomadaires d’enseignement scientifique nous direz-vous ? On peut certes imaginer que les programmes prévoient des mathématiques dans cet enseignement, mais il faut tout de même rappeler que doivent s’y trouver les sciences physiques et la chimie, les sciences de la vie et de la terre, l’informatique et les mathématiques… et se demander qui prendra en charge cet enseignement. Tous les lycéens qui envisagent des études pour lesquelles des pré-requis mathématiques sont nécessaires, devront donc choisir la spécialité mathématique en première… mais la liste de ces études est longue [1] et surtout les attendus des différentes filières de l’enseignement supérieur concernées sont très hétérogènes ! Nous pouvons alors craindre que notre discipline soit plus que jamais identifiée comme une discipline utilitaire, de sélection, que l’on choisit par stratégie et non par goût. Le programme de première devra par ailleurs répondre à des injonctions contradictoires : permettre des liens avec les autres disciplines sans que tous les élèves n’étudient les mêmes, permettre la spécialisation progressive des élèves qui aiment les mathématiques et voudraient pousser leur étude plus loin sans que les élèves ayant une vision plus utilitariste de la discipline ne décrochent, … Nous ne manquerons pas d’évoquer ces questions avec les représentants du Conseil supérieur des programmes que nous rencontrons mercredi 3 octobre.

La liste de nos interrogations est longue et loin d’être épuisée par cet éditorial. Le bureau s’attache à publier sur le site les textes qu’il produit, à s’exprimer publiquement ou au sein des communautés scientifique et éducative chaque fois que c’est possible. N’hésitez pas à participer aux réflexions de l’association comme l’ont fait des collègues cet été sur le forum du site apmep.fr, les moyens sont nombreux pour s’exprimer au sein de l’APMEP (forum, représentants élus au comité, Régionales, …). Par ailleurs, lors des Journées Nationales, au-delà des habituelles réunions de régionales et de commissions, nous préparons pour les « questions d’actualité » des formats un peu particulier : table ronde autour de la question de la formation continue et des laboratoires de mathématiques (avec des représentants des IREM, de la SMF, d’INSMI, et des personnes déjà impliquées dans la mise en place de laboratoire dans des établissements), une table ronde à propos des méthodes d’enseignement et d’évaluation jusqu’au cycle 3 (avec des chercheurs en didactique et des enseignants) et enfin, une discussion sur les projets de programmes pour le lycée général et technologique, qui, nous l’espérons, seront publiés en ligne à cette date. Nous vous attendons nombreux à Bordeaux !

Le bureau


[1] Voir par exemple l’analyse de l’APSES à ce sujet : https://www.apses.org/la-place-des-...