Éditorial du BGV n°204

scolaire et périscolaire

Parmi les thèmes développés dans le rapport « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques » présenté le 12 février 2018 par Charles Torossian et Cédric Villani [1], l’un d’entre eux a fait l’objet de peu de commentaires au sein de la communauté enseignante. Il est pourtant présent dans la lettre de mission adressé par le Ministre aux pilotes et fait l’objet de cinq recommandations parmi les 47 et de l’une des 21 mesures : il s’agit du périscolaire. Il est bien difficile de circonscrire l’ensemble des questions que pose la notion de « périscolaire », tant elle repose sur une diversité de dispositifs, d’acteurs et d’objectifs. Concentrons-nous donc ici aux pratiques mathématiques d’élèves avec des enseignants au sein d’écoles et d’établissements scolaires, mais hors du temps de classe. Parmi les activités de mathématiques périscolaires, on peut faire la distinction entre ce qui relève de l’accompagnement au travail personnel des élèves et ce qui relève plutôt d’une pratique différente des mathématiques, comme par exemple dans un « club ». Tout ceci interroge notre rôle d’enseignants et plus largement, le rôle de l’école et de la forme scolaire pour l’apprentissage des mathématiques.

Le travail personnel des élèves en dehors de la classe, son articulation avec le travail dans la classe et son intérêt pour les apprentissages font l’objet de nombreux travaux de recherche comme en fait par exemple état le dossier de veille de l’IFÉ n°111 [2] . La recherche montre que nos représentations en tant qu’enseignants sont souvent erronées à ce sujet et que nous recevons beaucoup d’injonctions contradictoires de la part de l’institution et, plus largement, de la société. Par ailleurs, parler du travail en dehors de la classe à l’école élémentaire ou à l’entrée dans l’enseignement supérieur n’est évidemment pas équivalent. Comment accompagner au mieux les élèves dans un apprentissage progressif d’une certaine autonomie dans leur travail personnel ? Cette question devrait pouvoir être traitée dans nos classes, autour de nos classes, progressivement tout au long de la scolarité. De nombreux acteurs interviennent dans ce processus, que ce soit des enseignants, des associations, les familles aussi bien entendu, ou encore des officines privées… Dans le dossier précité, deux types de pratiques de classe sont comparées : « celles centrées sur des buts de maîtrise et celles centrées sur des buts de performance » (p.14) les premières étant plus à même de permettre l’engagement des élèves dans leur scolarité alors que les secondes sont « associées à des stratégies de défense et de désengagement ». Il n’en reste pas moins que la « performance » est ce qui est le plus souvent mis en avant, sinon dans la classe, au moins dans la société. Nous ne pourrons pas seuls changer cet état de fait, mais nous pouvons tenter d’y contribuer.

Le temps périscolaire peut aussi être dédié à des activités culturelles, sportives, artistiques, dans le cadre de « clubs » par exemple. La mission Villani-Torossian prépare un vade-mecum pour les clubs de mathématiques dans les établissements scolaires et a commencé par un recensement de ceux qui existent déjà à l’aide d’une enquête auprès des chefs d’établissement… Ce sont près de 4000 clubs qui ont été signalés dans ce cadre ! La nature de ces clubs est très hétérogène, si certains sont clairement dédiés aux mathématiques (jeux, ateliers MATh.en.JEANS, préparation à des concours et compétitions…), d’autres concernent des thèmes qui peuvent être en lien avec les mathématiques (informatique, astronomie, jeu d’échecs, bridge…). Ils reposent sur un engagement plus ou moins reconnu et rémunéré d’enseignants de mathématiques et reçoivent un nombre plus ou moins important d’élèves. Pourquoi sommes-nous aussi nombreux à vouloir nous investir dans une telle activité avec des élèves ? Peut-être parce que nous nous trouvons à l’étroit dans le cadre de la classe et des programmes ? Qu’il s’agisse de jeux, de recherche, de lectures, de préparation de concours… L’organisation d’activités mathématiques en dehors de la classe est reconnue comme motivante pour les enseignants comme pour les élèves et c’est un point que le rapport (p.64) Villani-Torossian souligne : La question de la motivation ne se limite pas à celle des élèves, celle des enseignants joue également un rôle important. En rencontrant d’autres méthodes et d’autres objets mathématiques, en pratiquant de nouvelles modalités pédagogiques, ils changent leur regard sur leurs élèves et leur discipline. Organiser ce type d’activités en dehors de la classe donne plus de liberté : pas d’obligation de regrouper les élèves par niveau de classe, moins de contrainte de temps, pas de contrainte sur le contenu, participation des élèves sur la base du volontariat… Si l’on est convaincu de l’intérêt d’une pratique « libre » des mathématiques, au même titre qu’une pratique musicale, sportive ou théâtrale, alors nous devons défendre la possibilité de proposer de telles pratiques au plus grand nombre d’élèves possibles, sans que cela repose sur l’engagement bénévole des enseignants.

Mais ne devrions-nous pas aussi nous interroger sur la forme scolaire de l’enseignement des mathématiques ? Pourquoi ne pourrions-nous pas trouver cet espace de liberté avec nos élèves, dans notre enseignement ? Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir le temps de mener des recherches avec les élèves, sans nous inquiéter du temps qui file et du programme que nous n’arriverons pas à boucler ? Pourquoi ne pourrions-nous pas préparer des élèves aux Olympiades ou au concours général au sein de nos classes ? Pourquoi ne pourrions-nous pas inclure la lecture d’œuvres en lien avec les mathématiques dans notre enseignement ? En l’état actuel des choses, l’organisation des programmes, de l’évaluation aux examens, des horaires et des effectifs, cela parait illusoire de vouloir faire tout à la fois. Certains d’entre nous parviennent tout de même, en fonction de leurs propres goûts, à partager avec leurs élèves des points de vue différents sur les mathématiques. L’une des clés est sûrement là : s’appuyer sur le plaisir que nous, enseignants, trouvons à la pratique des mathématiques. S’éloigner des programmes stricto-sensu pour mieux y revenir demande une maîtrise didactique et disciplinaire solide, voilà un thème motivant pour la formation continue et la mutualisation des ressources !

Le bureau de l’APMEP

 

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