Éditorial du BGV n°205

À chaux et à sable

- 2 avril 2019 -

Projetée, la poignée de sable fond en pluie. Sa forme est éphémère. La pierre, comme la brique, a davantage de cohésion. Son impact a plus de force. Certes, il faut la travailler, lui donner forme. Cela nécessite un engagement ouvrier.

L’Éducation nationale est dans une période agitée. Les réformes, les annonces, les déclarations, suscitent chez de nombreux collègues un regain d’expression et de mobilisation. Beaucoup s’impliquent et disent leurs inquiétudes, qui se traduisent localement de différentes manières. De paroles isolées en déclarations d’équipes, de prises d’initiatives en organisations plus larges, les actions d’aujourd’hui se font souvent hors des cadres institués. Toute parole est légitime et chacune apporte un petit grain à la réflexion générale, mais la question qui se pose à notre profession est de savoir comment fédérer, se faire entendre pour que soit reconnue notre expérience, notre expertise.

L’APMEP, forte de son histoire, porte une partie de cette parole. Depuis l’annonce de la réforme du bac et des lycées par le ministre Blanquer, nous avons produit des analyses, des textes de fond, écrit des lettres ouvertes, explicité nos arguments, nos craintes, dit sur quoi nous n’étions pas d’accord, et surtout : pourquoi. En défendant partout l’idée que les maths ne doivent pas être une discipline de sélection mais ouvertes à tous, qu’elles ne peuvent pas être cantonnées à un rôle de service mais doivent garder une autonomie et leur large spectre d’intérêt, de l’art à la technologie, de la philosophie à la science. Cette richesse produite par l’association, nous la devons à l’action de militants. Publiée, publique, elle devient ouverte. Dès lors, elle appartient à toute la communauté.

L’APMEP est bien plus qu’une poignée de sable. C’est, comme de la chaux, un liant. L’association relie et structure. Sur la réforme des lycées, notre réflexion partagée depuis un an, peu audible à ses débuts, a nourri les débats et les prises de position. Elle a permis de bâtir une analyse, de provoquer des réactions. Cette action de l’association est supérieure à la somme de celle de ses militants. C’est ce pouvoir qui nous permet d’être écoutés, reçus, cités, parfois entendus. Nous avons une aura que n’aurait pas chaque collègue isolé. Et nos relations avec les organisations partenaires, même si elles demandent des compromis, nous permettent d’accroitre notre impact.

Sans la chaux, le sable s’écoule. Mais sans le sable, la chaux ne bâtit pas… L’APMEP se nourrit de l’action de tous et ne devient réellement forte que lorsque les collègues, partout s’expriment et agissent. Grâce à tout ce mouvement, aujourd’hui en cours, notre association est audible.

L’APMEP n’est certes pas seule à créer du lien ni à fédérer, et d’autres le font tout autant. Nous devons veiller à ce que ces structures, ces outils ne s’affaiblissent ou disparaissent. Il y a tellement d’autres enjeux sur lesquels nous avons à nous exprimer : ce que réforme et contre-réforme ont produit au collège, l’enseignement primaire, l’accès à l’enseignement supérieur, le recrutement et la formation des enseignants… Ainsi que tous les points de vigilance liés au rapport « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques » : les référents de circonscription, les laboratoires de mathématiques, les clubs et le périscolaire…

Adhérer, re-adhérer, faire adhérer, soutenir les actions, diffuser les textes sont déjà des actes militants. C’est un geste qui coûte peu au regard de ce qu’il peut rapporter. Déclarer à son établissement les photocopies des annales faites à partir des fichiers de l’APMEP est aussi un acte simple et fondamental. Il rapporte à l’association l’argent qui lui revient et qu’il lui manque parfois pour développer toutes ses actions, permettre tous les échanges, organiser toutes ses réunions, et faire connaître sa production et ses positions.

Que tous, adhérents, militants, sympathisants, pensent à toujours allier le sable avec la chaux...

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Le Bureau National