Éditorial du BGV n°210

Ces petites choses qui nous font tenir

 

Le 6 janvier, jour de rentrée, le ministre de l’Éducation Nationale a tenu une conférence de presse pour annoncer des ajustements de la réforme du lycée général. Une nouvelle année commence, mais rien ne change : le ministre s’adresse aux journalistes avant de s’adresser aux enseignants, c’est donc par voie de presse que nous apprenons, une nouvelle fois, que les demandes que l’APMEP exprime aux côtés de ses partenaires (CFEM, ADIREM, SMF, …) restent lettre morte. Pire, alors que le climat professionnel dans les lycées est extrêmement tendu, que nous, enseignants, tâchons de faire au mieux pour nos élèves malgré nos inquiétudes et nos interrogations, le ministre nous donne des leçons de pédagogie, en public, comme si nous n’avions pas envisagé la différenciation au sein des groupes de spécialité de première générale, comme si les groupes de compétences qui ont montré leur absence totale d’efficacité en langue ces dernières années pouvaient être reconnus comme une véritable solution par la profession.

L’ampleur des problèmes posés par le cycle terminal de la voie générale pourrait nous faire oublier que ce sont les trois voies du lycée qui sont modifiées cette année. La voie technologique, qui propose des parcours dont la cohérence a été préservée et qui permet des poursuites d’études très diverses, a connu une baisse d’effectifs cette année : par défaut de visibilité ? à cause de l’illusion que, si en voie générale on choisit « ce qu’on veut », cela signifie qu’on aura « le bac qu’on veut » ? Quant à la voie professionnelle… les horaires des enseignements généraux (et donc de mathématiques) y sont réduits à portion congrue, quelle que soit la filière. Des élèves de différents niveaux de formation (en initiation ou en cours d’apprentissage) se retrouvent dans une même « classe » : la construction d’une progression devient alors très difficile à réaliser.

Le malaise des enseignants dans leur vie professionnelle atteint un niveau jamais égalé, de la maternelle à l’enseignement supérieur. Nous nous sentons parfois pris au piège de décisions politiques prises dans la précipitation, sans tenir compte de nos avis de professionnels de terrain. Nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous sur ce qu’il conviendrait de faire : une réforme du système éducatif est représentative d’un projet de société, elle devrait être le fruit d’un travail de fond, inscrit dans le long terme et être mise en œuvre progressivement en s’assurant de l’adhésion d’une large part des personnels. Sans ces conditions, nous risquons de perdre le sens de notre métier, de ne plus savoir pourquoi nous l’exerçons.

Heureusement, notre environnement professionnel ne se réduit pas aux injonctions institutionnelles. Les petites choses qui enchantent notre métier sont plus que jamais nécessaires et précieuses. Parmi ces petites choses nous pouvons :

    • • lire Au Fil des Maths : des nombreux collègues y partagent généreusement des projets réalisés avec leurs classes, l’enthousiasme et la créativité dont les élèves font preuve nous rappellent la beauté de notre métier. Nous pensons par exemple à l’article de Claudie Asselain-Missenard sur « Mouvement mathématique en Bretagne » qui présente le travail d’une classe de CM1-CM2 sur des activités autour des marées, ou encore le travail sur les périmètres et les aires dans l’article « les sixièmes ne manquent pas d’aire » d’Anne Dusson et Nathalie Lecouturier. Le bulletin de l’APMEP, fourmille d’articles où chacun peut trouver son bonheur : articles d’opinions, de productions avec les élèves, articles pour développer notre culture mathématique, approfondir notre réflexion didactique et même des temps de récréations intellectuelles… sans oublier les œuvres de nos dessinateurs préférés qui ne manquent pas d’humour !
    • • retrouver régulièrement le plaisir de faire des mathématiques par nous-même et pour nous-même. C’est ce que vous proposent vos Régionales qui organisent de nombreux événements près de chez vous, en particulier leurs journées annuelles. Ces dernières sont ouvertes aux adhérents et non adhérents de l’association, n’hésitez pas à y venir avec des collègues : sortir de son quotidien professionnel peut être un bon moyen de retrouver le plaisir de travailler ensemble, de partager des expériences au sein d’ateliers.
      Sortir des questions strictes d’enseignement est aussi ressourçant : assister à des conférences de mathématiques ou de vulgarisation nous rappelle pourquoi nous aimons notre discipline, nous apprend la richesse de ses applications et les questions qu’elle pose. Beaucoup sont organisées en région parisienne, mais il en existe aussi de nombreuses ailleurs, organisées par la SMF, la MMI, les universités, …
    • • regarder des vidéos : à défaut de pouvoir assister à une conférence, de nombreuses vidéos sont désormais disponibles en ligne. De formats très divers, chacune et chacun peut y trouver son bonheur. Des conférences et entretiens filmés sur CultureMATH, aux ressources publiées par Audimath (CNRS), en passant par des chaînes de vulgarisation mathématique ou scientifique comme ScienceEtonnante, Science4all et bien d’autres. D’ailleurs, récemment, une très chère collègue, que nous ne citerons pas, a appris, grâce à une vidéo de Mickaël Launay, qu’elle était douée de ses mains et capable de construire par pliage un grand dodécaèdre étoilé !

La liste pourrait être encore longue : aller voir des expositions d’art, lire des livres d’histoire des mathématiques, découvrir les contes mathématiques de Marie Lhuissier, … Toutes ces petites choses nous rappellent que nous aimons les mathématiques, nous aimons le regard qu’elles nous permettent de poser sur le monde, nous aimons partager ce plaisir entre collègues, avec les élèves. Toutes ces petites choses nous permettent de garder la force chaque jour de nous questionner sur nos pratiques, nos choix didactiques, de nous souvenir que, si nous nous impliquons parfois au-delà de nos strictes obligations de service, c’est parce que nous croyons au plaisir de faire des mathématiques, à la nécessité de le partager avec le plus grand nombre et que nous croyons au sens de notre métier.

Nous, membre du bureau, vous souhaitons à toutes et tous une excellente année 2020. Que durant cette nouvelle année, année des mathématiques, nous prenions toutes et tous plaisir à faire des mathématiques et ne perdions pas le plaisir de les enseigner.

Le bureau national de l’APMEP