Éditorial du BGV n°222

Externaliser l’École ?

- 21 février 2022 -

Externaliser l’École, ce pourrait être une réjouissante perspective. Faire classe dehors, au gré des épreuves Math City Map et résoudre des problèmes mathématiques autour de nos établissements.

Externaliser l’École n’a pourtant pas le même sens pour tout le monde.

Pour répondre à l’inquiétude des familles face aux réformes récentes, à la complexité de l’orientation et aux alertes concernant le niveau des élèves en mathématiques, de nombreuses officines vendent depuis longtemps cours de soutien et coaching d’orientation. Une association d’enseignants, l’AORES, propose même de certifier le niveau en mathématiques des élèves de Terminale en vue de leur orientation dans parcoursup et l’APMEP s’en était alarmée.

Les possibilités offertes par le numérique ont considérablement enrichi nos cours et nos pratiques. Mais elles ont également décuplé ces offres et désormais il ne s’agit plus seulement d’aide aux devoirs mais d’avoir dans la poche un « soutien d’excellence » assuré par des « professeurs d’élite » qui permettraient « aux élèves suivant leur méthodologie d’entrer dans les meilleures écoles » !

Ces propositions étaient jusqu’alors cantonnées en dehors de l’école mais, de plus en plus, diverses sociétés entrent en contact avec les équipes ou les personnels de direction pour que les établissements fassent la promotion de leurs services ou les financent.

Il y a d’abord la question de l’égalité d’accès à ces ressources payantes. Mais c’est une question vite réglée quand des établissements acceptent de financer ces sociétés… au mépris de l’avis des collègues !

Se pose surtout une question de fond : si la mission de l’école est d’œuvrer à la réussite scolaire et éducative pour tous les élèves, n’en a-t-elle pas les moyens en son sein ? Ou plutôt, pourquoi ne nous en donne-t-elle pas les moyens à nous, personnels de l’Éducation Nationale ?

Veiller aux progrès et à la réussite de tous nos élèves, leur donner des outils de travail, évaluer leurs acquis, les préparer à la suite de leur cursus, aux examens, les guider aux côtés des psy-EN dans leur réflexion sur leur orientation, ce sont nos missions et nous nous en acquittons chaque jour dans des conditions parfois difficiles. Notre institution nous les confie. De multiples vadémécums nous indiquent comment les mener et combien de temps nous devons y consacrer. À titre d’exemple, au lycée, un élève devrait avoir 54 heures chaque année consacrée à l’orientation et 72 heures d’Aide Personnalisée. Où sont les heures dans les dotations horaires globales (DHG) qui nous permettraient de le faire ? Où sont les heures qui nous permettraient d’avoir moins d’élèves par classe pour mieux les accompagner ? Où sont passées les heures consacrées à notre discipline ?

Une application peut-elle vraiment remplacer un accompagnement par une personne qualifiée ? Voulons-nous confier l’enseignement des mathématiques, les choix d’avenir de nos élèves et la certification de leurs acquis à des sociétés privées ? Les objectifs du privé s’accordent-ils vraiment avec ceux de l’École ? Et ce choix serait-il vraiment moins couteux ?

Non ! Bien sûr que non ! Ce ne sont pas nos valeurs ! Nous voulons avoir les moyens d’exercer notre métier au service de tous les élèves, nos missions ne sont pas externalisables et un enseignement public sans intrusion du privé est une force au service de tous les élèves pour laquelle nous voulons nous battre.

 
 
 
Bureau national