Le discours du président aux journées de Rouen

Eric BARBAZO

Chers collègues,

2009_G__S_09 134_site Je vous remercie d’être, encore cette année, venus aussi nombreux ; je le rappelle, car c’est toute de même remarquable, vous êtes venus sur un week-end et qui plus est, de début de vacances scolaires.

Nombreux, j’espère que nous le resterons encore longtemps, et particulièrement cette année, qui devrait être doublement spéciale puisqu’elle va à la fois, révéler le contenu de la réforme du lycée ainsi que les premières modalités d’application de la mastérisation des concours de recrutement des enseignants.

Nombreux sont donc les chantiers en marche, ou qui s’ouvrent, et auxquels nous allons devoir faire face, en même temps : La réforme du lycée, si on peut considérer les propositions des grandes lignes qui la dessinent présentées par Nicolas Sarkozy comme telle ;la mise en place des nouveaux CAPES et agrégation ; mais également le projet très important de réforme de la formation continue.

Nombreux, nous allons devoir l’être pour que les positions de l’APMEP puissent être représentatives du plus grand nombre d’entre nous, et qu’elles puissent être portées, dans les temps, à ceux qui ont la charge d’élaborer les réformes. Pour ce qui concerne le lycée, plusieurs questions et inquiétudes se posent, suite à ce qu’on peut considérer comme des annonces somme toute décevantes, sur le plan de sa philosophie générale, bien éloignées des intentions ambitieuses qui avaient été présentées il y a maintenant près de deux années : S’oriente-t-on, comme le conseiller de Nicolas Sarkozy nous l’a confirmé, vers une classe de première plus généraliste ? Cela entraîne alors une double question : celle du devenir du caractère de détermination de la classe de seconde d’une part ; celle du report en terminale de la spécialisation des élèves et donc de la disparition du cycle Première-terminale.
Quid d’un enseignement de découverte à la démarche scientifique en seconde ? Comment mettre en place un véritable accompagnement et soutien de tous les élèves en seconde, sans, contrairement à ce qui a été annoncé, prendre à nouveau sur le total des heures disciplinaires ?
Sur toutes ces premières questions, l’APMEP a des propositions que la Commission lycée a longuement contribué à élaborer et qu’il faudra que le prochain comité entérine pour que l’APMEP puisse se positionner en acteur de propositions et non en simple commentateur a posteriori de ce qui sera révélé fin décembre.

Nombreux devrons nous être encore, pour faire entendre la fronde du refus de la mastérisation qui se met en place à marche forcée. Je rappelle que la Commission Marois-Filatre s’est divisée sur ce sujet, montrant par là l’immaturité du projet. Depuis plusieurs mois, de nombreuses réactions d’enseignants, de chercheurs, de formateurs, ont argumenté sur les incohérences de cette mastérisation. Depuis une semaine, plus de quarante sociétés savantes et de spécialistes, réunies en Forum des sociétés savantes, ont mutualisé des arguments du refus à ce qui est, on peut le dire, une mauvaise réforme appliquée à un bon principe de base, la revalorisation à bac + 5 la formation et la carrière des enseignants. Nombreux, nous devrons l’être aussi dans un dossier très important qui s’ouvre, celui de la formation continue. Notre présence aujourd’hui, sur notre temps libre, nous donne l’entière légitimité pour proposer une refonte complète de cette formation, sur le temps de travail. Là encore, nous pourrons proposer avec le support du travail déjà élaboré au sein des commissions de l’APMEP, celles de la formation et du collège : une formation intégrée au service, une formation qualifiante, voire diplomante ; une formation valorisante pour ceux qui la suivent ; une formation qui intègre à la fois la mutualisation de ressources qui peut se faire à distance, et le travail collégial, en présentiel qui reste indispensable.

Ce sera le moment de mettre en avant notre expérience de cent ans, celle de l’APMEP comme acteur de formation, ainsi qu’une expérience de quarante ans, celle des IREM, que toutes les autres disciplines nous envient et qui peuventt se présenter comme un modèle de laboratoire universitaire de la formation. Je ne résiste pas à rappeler, en ces temps de crise financière, que les IREM ont été créés en 1968-1969, pendant des années de crises sociales, financières, et universitaires, au moins aussi importantes que celles d’aujourd’hui et donc l’argument seulement comptable pour freiner une éventuelle extension des IREM aux autres disciplines ne tient pas. Enfin, je ne voudrais pas oublier ce dont on parle un peu moins ces temps ci : l’école primaire et ses programmes. Les Journées nationales sont chaque année, un moment idéal pour attirer nos collègues des écoles encore trop peu nombreux dans nos rangs d’adhérents. Le collège et ses nouveaux programmes qu’il faudra bien évaluer, n’est pas non plus à oublier et nombreux sont les collègues inquiets des modalités d’évaluation du socle commun encore mal communiquées.

Voilà je voulais placer ce discours d’ouverture des Journées nationales sous le vocable du nombre ; pour des mathématiciens, le nombre est un compagnon ; aussi, il nous faut renouer avec un nombre croissant d’adhérents, avec un nombre supérieur de collègues qui veulent bien s’impliquer dans les rangs de l’APMEP.
C’est en étant une force de propositions, de nouveautés, d’innovations, dans lesquelles nous nous retrouverons en très grand nombre, que nous pourrons faire évoluer l’enseignement des mathématiques. Lorsqu’en 1967, plus de la moitié des membres de la Commission ministérielle, présidée par André Lichnérowicz, étaient membres de l’APMEP, l’association représentait alors la moitié des professeurs en exercice.
L’APMEP, ce n’est donc pas son président, ce n’est pas son bureau ou son comité, c’est avant tout l’ensemble de ses adhérents qui en fait sa force.

Je vous souhaite d’excellentes journées nationales.