Le projet de programmes de 1ère parle des filles...

Laure Étevez

- 16 mai 2022 -

Un projet de programme de mathématiques pour l’enseignement scientifique de la classe de première vient d’être publié.
Le groupe Femmes & Maths de l’APMEP s’interroge sur deux phrases de ce texte. La première phrase précise que des exercices peuvent « réconcilier avec les mathématiques certains élèves, notamment des jeunes filles, ayant une vision soit totalement désincarnée, soit purement techniciste, des mathématiques ». La seconde affirme que « les activités visant l’acquisition d’automatismes [...] mettent les élèves en confiance, ce qui peut contribuer à la réconciliation de certains, notamment les jeunes filles, avec les mathématiques ».

Si nous trouvons positif et salutaire que l’institution prenne enfin conscience de la nécessité d’œuvrer dans le sens de l’égalité fille/garçon, et de résorber le déficit d’orientation des filles vers des filières scientifiques, nous tenons à faire part de notre inquiétude concernant la tournure de ces phrases et la mauvaise interprétation qui pourrait en être faite.

En effet, la seconde phrase peut être interprétée de manière regrettable : certaines activités seraient plus adaptées à un public de filles (les automatismes) et donc, en creux, d’autres le seraient moins (le raisonnement).
Quant à la première phrase, elle laisse sous-entendre que seul l’enseignement de tronc commun serait à même de réconcilier les filles avec les mathématiques plutôt que de les encourager à choisir la spécialité.

Le risque que nous voulons pointer, c’est que, « en créant une science pour filles, non seulement on les cantonne dans des activités spécifiques mais en plus, on labellise « pour garçons » la science générale » (Isabelle Collet, Les Oubliées du numérique).

A l’heure actuelle, où il apparait justement primordial de déconstruire les stéréotypes de genre, il nous semble pour le moins maladroit de conforter le lecteur des programmes dans une vision stéréotypée des filles, d’autant plus lorsque le stéréotype renvoie celles-ci à leur responsabilité individuelle : il faudrait qu’elles aient davantage confiance en elles et comprennent mieux les enjeux de la discipline pour réussir.

Une formulation différente, détachée d’un certain type d’activités ou de notions du programme, et incitant les enseignants à être vigilants quant à la place des filles dans la classe de mathématiques, par exemple en ce qui concerne les prises de paroles, serait probablement plus efficace pour avancer sur le chemin de l’égalité et plus en adéquation avec la volonté, partagée par la communauté éducative, de favoriser l’accès des filles aux filières scientifiques.