Propositions et revendications sur la formation des enseignants

Texte approuvé par le comité national de juin 2011

Rémi DUVERT

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Former des enseignants ne peut consister, pour l’institution, à constituer un « vivier » de personnels précaires, titulaires d’un master d’enseignement, mais non fonctionnaires.

1 - La formation initiale et l’entrée progressive dans le métier

a) Constats

  • · Enseigner est un métier difficile et complexe, qui nécessite une formation initiale longue.
  • · La formation initiale actuelle (dans le cadre des masters « métiers de l’enseignement » ou des masters « mathématiques », pour le 2nd degré) n’est pas suffisamment professionnelle.
  • · Tant que les futurs professeurs ne sont pas présélectionnés par un concours, la préparation dudit concours (« bachotage ») ne favorise pas la « posture professionnelle » requise pour se préparer correctement à la profession.
  • · De nombreux étudiants ne peuvent pas assumer financièrement cinq années d’études après le baccalauréat, surtout dans l’incertitude de réussir le concours envisagé.
  • · Le nombre de candidats aux concours de recrutement accuse cette année une baisse inquiétante.
  • · Pour les étudiants qui se destinent à l’enseignement en école primaire, les licences actuelles ne sont pas suffisamment pluridisciplinaires.
  • · Lors des premières années d’enseignement en responsabilité, les professeurs ont besoin d’un complément de formation, d’un accompagnement au sein de l’établissement, et de beaucoup de temps pour préparer et analyser les séances de classe.

b) Propositions et revendications

  • · Développer, en licence, des « modules pluridisciplinaires » (équilibrant sciences et humanités) préparant au professorat des écoles.
  • · « Pré-recruter » les futurs professeurs (professeurs des écoles, professeurs de lycée professionnel, professeurs de collège ou de lycée) suite à des concours nationaux placés en fin de licence. L’agrégation serait placée en fin de master.
  • · Développer des spécialités de masters « enseignement » qui prennent en compte les trois grands volets de la formation (discipline(s), didactique(s), pédagogie), et qui comportent plusieurs stages (d’observation, de pratique accompagnée, et en responsabilité). Un parcours optionnel pourrait être axé sur la préparation de l’agrégation.
  • · Rémunérer les lauréats des concours inscrits en master « enseignement » (ou leur accorder des aides financières suffisantes).
  • · Ne recruter en tant que fonctionnaire (stagiaire puis titulaire) que les étudiants qui ont été « pré-recrutés » et qui ont obtenu un master « enseignement ».
  • · Lors de l’année de stage en responsabilité en tant que fonctionnaire, ne prévoir qu’un tiers du temps de service en présence d’élèves, ou une seule classe. Affecter à chaque stagiaire un tuteur formé à sa mission, enseignant dans la même école ou le même établissement, et bénéficiant d’une décharge de service d’une ou deux heures hebdomadaires.
  • · Lors des deux premières années d’enseignement, accorder aux nouveaux titulaires une décharge de service d’une ou deux heures hebdomadaires.

2 - La formation continue

a) Constats

  • · Globalement, l’offre de formation continue des enseignants est actuellement très insuffisante (voire quasi-inexistante dans certaines académies), au regard de l’évolution du métier et de sa complexité. En particulier, trop peu de formations « longues » sont proposées.
  • · Parmi les multiples façons de se former, l’institution ne reconnaît trop souvent que la simple participation à des stages.
  • · Les formateurs n’ont en général pas de qualification reconnue (surtout pour le second degré), et ont trop peu de temps pour se former eux-mêmes.
  • · L’ensemble des actions de formations proposées par l’Éducation nationale, mais aussi par divers organismes ou associations, manque de visibilité et de cohérence.

b) Propositions et revendications

  • · Reconnaître et encourager la formation continue sous toutes ses formes (stages, colloques, séminaires, groupes de travail au sein des établissements ou au niveau académique, préparations de masters, recherches universitaires, lectures…).
  • · Diminuer d’une heure hebdomadaire le temps actuel de présence obligatoire avec les élèves, au profit d’un « crédit-temps » équivalent, réservé à la formation (au sens large du terme).
  • · Permettre une personnalisation de ce « crédit-temps », et une grande souplesse pour son utilisation, notamment pour des formations longues (diplômantes ou non).
  • · Pour la formation initiale des formateurs, encourager les universités à créer ou à développer des masters spécifiques, et accorder un allègement de service aux collègues qui s’y inscrivent.
  • · Accorder des décharges de service suffisantes pour les formateurs qualifiés, et favoriser leur formation continue, notamment au sein des IREM (instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques).
  • · Créer un « institut national de la formation continue », chargé notamment de « vulgariser » les recherches universitaires (disciplinaires, didactiques, pédagogiques) et de mettre en réseau tous les prestataires de formation (dont les IREM).