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Un portrait de Gerbert d’Aurillac, inventeur d’un abaque,

utilisateur précoce des chiffres arabes, et pape de l’an mil.

Paul Louis Hennequin

- 7 janvier 2013 -

par Alain Schärlig.

Presses Polytechniques et universitaires Romandes, décembre 2011.

136 p. en 16x 24. ISBN : 978-2-88074-944-6, 36€.

Ce sixième volume du même auteur est consacré à Gerbert, personnage de l’an mil, exceptionnel par l’étendue de ses connaissances et par la variété des fonctions exercées tout au long de sa vie, qui n’apparaissait qu’épisodiquement dans les précédents.
Il aborde successivement :
- La vie (d’Aurillac à Rome en passant par la Catalogne, Reims, Bobbio et Ravenne).
- Les écrits (ses lettres et les œuvres de ses disciples).
- L’enseignement (trivium et quadrivium, notamment l’astronomie).
- L’abaque (à jetons marqués facilitant les opérations).
- La multiplication et la division (originalité et efficacité des algorithmes sur l’abaque).
- L’inspiration (la numération de position des arabes ?).
- Les chiffres arabes (utilisés et non introduits).

Il s’élargit ensuite aux questions qui se posent à qui étudie le calcul à la fin du X° siècle :
- L’abaque du faux Boèce (une falsification du XIIIe, suggérant que Gerbert avait copié Boèce alors que c’était le faussaire qui l’avait copié).
- La logistique (les communications, courriers et voyages à l’époque).
- La contestation (selon une thèse d’habilitation soutenue à Bochum en 1985, Gerbert n’aurait ni inventé l’abaque à jetons, ni introduit les chiffres arabes en occident).
- Gerbert aurait-il eu peur ? (Gerber aurait inventé un abaque inspiré par la numération arabe, en le cachant, de peur d’être considéré comme diabolique et d’encourir les foudres de l’Église).
- Une chance folle ! (une carrière pleine de rebondissements en particulier face aux aléas de la politique).
- Un homme à plusieurs facettes (inventeur d’un abaque, pape de l’an mil, grand voyageur, professeur et politicien européen, un homme influent de son époque).

L’abondante bibliographie comporte à la fois des témoignages de contemporains de Gerbert, des livres d’histoire datant des deux derniers siècles et de nombreux articles ou compte-rendus de colloques contemporains. Regrettons toutefois qu’elle ne mentionne pas les travaux sur ce sujet des Irems et de leur commission d’histoire et épistémologie.

L’auteur se concentre sur l’œuvre mathématique et en particulier sur l’abaque utilisant, pour la première fois en occident les chiffres indo-arabes, tout en la situant dans son environnement social et politique. Il le fait dans un style alerte et coloré dénonçant supercheries et anachronismes, tel un timbre français de 1964 coiffant Gerbert d’une tiare, copie de la statue érigée en 1861 à Aurillac par Pierre- Jean David d’Angers, alors que les pontifes ne l’ont coiffée qu’à partir du XIVe !

Tel qu’il est la lecture de ce livre qui fait revivre un personnage du passé à la fois complexe et influent permettra au professeur de mathématiques de travailler avec un collègue d’histoire pour proposer aux élèves un sujet interdisciplinaire richement documenté.

(Article mis en ligne par Christiane Zehren)