JN 2026 — Strasbourg

Discours d’ouverture
de la présidente de l’APMEP

le discours
de la présidente

Mesdames, Messieurs, chères et chers collègues,

Nous sommes réunis aujourd’hui à Strasbourg, une ville dont l’histoire nous invite à réfléchir à ce que signifie transmettre les mathématiques, mais aussi à la manière dont elles se construisent et se renouvellent.

Strasbourg est notamment un lieu important de l’histoire de Bourbaki. Dans les années 1930, André Weil et Henri Cartan y enseignent et partagent un constat : les ouvrages disponibles ne répondent pas suffisamment à leurs exigences pour enseigner l’analyse.

De ces discussions naît l’idée de travailler collectivement à un traité plus rigoureux et mieux structuré.

En décembre 1934, six mathématiciens se réunissent à Paris : le groupe Bourbaki prend forme.

Ce collectif ne s’est donc pas constitué à Strasbourg, mais c’est bien dans cette université que s’est nourrie une partie de son projet initial. Et son ambition dépassera bientôt la rédaction d’un manuel : il contribuera à renouveler profondément la présentation des mathématiques, notamment de l’algèbre.

Strasbourg occupe également une place importante dans l’histoire de la réflexion sur l’enseignement des mathématiques.

En 1968, elle fait partie des trois premières villes à se doter d’un groupe IREM, ces Instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques qui rapprochent recherche, formation et pratiques pédagogiques. Cette initiative témoigne d’une volonté de penser collectivement non seulement les mathématiques elles-mêmes, mais aussi la manière de les enseigner et de les faire vivre dans les classes.

Cette histoire nous rappelle une chose essentielle : les mathématiques progressent par la recherche, mais aussi par la confrontation des idées, la coopération et la volonté de mieux transmettre les savoirs.

C’est précisément ce qui nous rassemble au sein de l’APMEP.

Or, aujourd’hui, les conditions dans lesquelles nous enseignons les mathématiques sont au cœur des préoccupations. Les mobilisations lycéennes récentes expriment des attentes qui ne peuvent être ignorées : des conditions d’étude dignes, des classes moins chargées, des enseignants présents et disponibles, des emplois du temps plus adaptés et un accompagnement plus juste dans les parcours scolaires.

Ces demandes font écho à des préoccupations que nous portons depuis longtemps.

Comment demander aux élèves de chercher, de raisonner, de prendre confiance et de construire leur autonomie lorsque les conditions d’apprentissage ne permettent pas toujours de les accompagner suffisamment ?

Dans « Propositions et revendications », nous défendons un enseignement des mathématiques de la maternelle à l’université, exigeant et accessible à toutes et tous. Nous demandons des horaires suffisants, des effectifs permettant un véritable accompagnement, du temps pour travailler en équipe et une formation initiale et continue à la hauteur de la complexité de notre métier.

Car enseigner les mathématiques, ce n’est pas seulement transmettre des techniques ou préparer des examens. C’est apprendre à chercher, modéliser, représenter, raisonner, calculer et communiquer.

C’est donner à chacune et chacun les moyens de comprendre le monde, d’exercer son esprit critique et de prendre sa place dans la société.

Ces derniers mois, l’intelligence artificielle a franchi une nouvelle étape dans le domaine de la recherche mathématique. Les machines ne se contentent plus d’effectuer des calculs : elles contribuent désormais à résoudre des problèmes ouverts, explorent des pistes de recherche inédites et produisent un nombre croissant de démonstrations et de manuscrits mathématiques. Ces avancées, dont la portée reste à évaluer, interrogent profondément les pratiques de recherche et bousculent les frontières de la discipline.

Que devient alors le travail du chercheur ? Que devient celui de l’enseignant lorsque des outils peuvent produire des réponses, des calculs ou des démonstrations à une vitesse inédite ?

Notre responsabilité n’est ni de céder à la fascination ni de refuser toute évolution. Elle est de comprendre, d’évaluer et de décider collectivement. Une réponse produite par une machine ne dispense pas de questionner les hypothèses, de comprendre le raisonnement, de vérifier les résultats et d’en apprécier la portée.

Pour les élèves, l’enjeu est fondamental : si un assistant peut fournir une solution, nous devons continuer à leur apprendre à formuler une question, à explorer une piste, à reconnaître une erreur et à justifier une démarche. Autrement dit, à faire des mathématiques plutôt qu’à simplement obtenir une réponse.

C’est pourquoi la réflexion portée par l’APMEP sur l’intelligence artificielle est indispensable. Elle nous invite à considérer les risques pour les apprentissages, la protection des données, les biais, l’impact environnemental et les conditions d’un usage raisonné. Elle rappelle également la nécessité de former les enseignants et de les associer aux décisions qui concernent leur métier.

L’histoire de Bourbaki nous rappelle que les transformations les plus fécondes naissent d’une réflexion collective sur les savoirs et sur leur transmission. Aujourd’hui, face aux difficultés de l’École et aux bouleversements liés à l’intelligence artificielle, nous devons faire le même pari : celui de l’intelligence humaine, du débat et du collectif.

Nous ne voulons ni d’un enseignement des mathématiques réduit à des automatismes, ni d’une école qui délègue aux machines la responsabilité d’apprendre et de faire apprendre. Nous voulons des moyens, du temps, de la formation et une véritable place pour les enseignants dans les décisions qui engagent leur métier.

Car l’enjeu n’est pas seulement de savoir ce que les machines pourront faire demain. Il est de décider ce que nous voulons permettre à chaque élève de comprendre, de penser et de devenir.

C’est cette ambition que l’APMEP porte, et c’est ensemble que nous continuerons à la défendre. Je vous souhaite à toutes et à tous d’excellentes Journées nationales.

 

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