Compte rendu de l’audience du 27 novembre 2020 avec M. David BAUDUIN

conseiller du Ministre de l’Éducation nationale en charge des affaires pédagogiques(depuis le 27 juillet 2020)

- 2 décembre 2020 -

 

Cette audience a été accordée à la demande de l’APMEP. La rencontre a eu lieu au Ministère de l’Education nationale, et a duré près d’une heure et demie.

Etaient présents : Sébastien Planchenault président et Michel Bourguet vice-président de l’APMEP, Edwige Godlewski, présidente de la CFEM

Impression générale

Le climat dans lequel s’est déroulée la réunion était favorable aux échanges, M. Bauduin s’est montré à l’écoute de nos arguments, et y a répondu de façon réfléchie, essayant de comprendre nos positions. Il nous a semblé partager certaines des demandes spécifiques à notre discipline, même s’il ne pouvait y répondre favorablement. La raison principale avancée étant de vouloir traiter toutes les spécialités de la même façon.

Les points que nous voulions évoquer :

  • • Les évaluations communes pour 2020/2021
  • • L’épreuve de spécialité en mathématiques : contenus, calendrier
  • • Le grand oral
  • • Les groupes de compétences en spécialité première
  • • La réforme de la formation des enseignants

Nos demandes :

  • 1- Évaluations communes (venant remplacer les E3C)

Il a été annoncé le 5 novembre qu’elles étaient annulées, on demande confirmation et si cela figure sur le site du ministère.
M. Bauduin répond affirmativement, cela sera prochainement précisé. [1]

  • 2- Épreuve de spécialité Mathématiques au baccalauréat

Nous demandons que pour cette année, elles soient repoussées au mois de juin. Il nous parait intenable de garantir à tous les élèves que le programme soit traité au mois de mars, ne serait-ce que son cœur. De plus, les conditions sanitaires ne pourront garantir une équité ni une sérénité des candidats si ces épreuves sont passées mi-mars. La forme choisie (3 exercices +1 au choix) nous parait un faux choix puisque les élèves ne pourront traiter un exercice portant sur des contenus qu’il verra après avril.

Réponse de M. Bauduin  :
Les sujets aux choix peuvent aussi porter sur le cœur du programme. Un sujet « 0 » sera très prochainement disponible.
Pour les allègements, la difficulté a été de traiter de façon égale toutes les disciplines, en proposant des ajustements qui ne soient pas injustes (en supprimant des parties de programme déjà traitées) notamment pour les spécialités dont les contenus ne sont pas cumulatifs comme en mathématiques, et dont l’ordre de programmation est moins contraint.
Le calendrier est choisi en lien avec Parcoursup. Le calendrier doit tenir compte des vacances suivant les zones en métropole et dans les territoires ultramarins. Il ne bougera pas.

Nous faisons remarquer que notre demande ne concerne que l’année 2021 et que jusqu’à présent les notes du bac ne faisaient pas partie des dossiers Parcoursup. Les établissements savent produire des bulletins.

  • 3- Le grand oral.

Il n’y a pas eu de préparation en 1ère et les conditions de l’année de terminale font que ce grand oral ne peut pas être préparé convenablement cette année. Il doit être annulé en 2021. De manière générale nous reconnaissons l’intérêt d’introduire une épreuve orale au baccalauréat pour redonner y compris en mathématiques toute son importance à la pratique de l’oral. Nous nous inquiétons de l’interdiction de l’usage d’un tableau. Les mathématiques comme d’autres disciplines usent d’un langage symbolique très difficile à oraliser : écritures formelles, schémas, graphiques, et aucun exposé de mathématiques ni même d’histoire des mathématiques ou de vulgarisation ne se passe d’écran ni de tableau.
Ce qui nous inquiète également est qu’il semble possible qu’il n’y ait pas de professeurs de mathématiques dans le jury d’oral en spécialité maths.

Réponse de M. Bauduin :
Le grand oral aura bien lieu cette année. Les consignes aux jurys prendront en compte les conditions des deux années 19/20 et 20/21.
Cette épreuve doit traiter à égalité toutes les disciplines. Il faut donc une règle commune, et le choix de non usage du tableau est fait pour développer le discours oral. Cette épreuve ne doit pas être une correction d’exercice au tableau.

Nous insistons sur le fait que la règle actuelle ne traite pas les disciplines de manière égale. Elle semble bien s’appliquer à certaines disciplines et en pénaliser d’autres, dont les mathématiques. Pour que la règle devienne égalitaire, il suffirait de permettre l’usage du tableau à toutes les disciplines, en encadrant son usage.

Par ailleurs, les professeurs de mathématiques ne sont pas actuellement formés pour répondre eux-mêmes à un tel exercice. L’oral ne fait partie des enjeux didactiques prépondérants en classe de mathématiques, et la recherche en didactique ne commence qu’à peine sur ce sujet. Il faudrait un cadre permettant de développer l’usage de l’oral dès la classe de seconde, voire avant.

Nous répondons positivement quand M. Bauduin demande s’il faudrait de la Formation continue sur ce sujet.
Il nous assure que pour lui il est hors de question qu’un jury d’oral ne comporte pas un enseignant de la discipline concernée.

  • 4- Groupes de compétences pour la spécialité Mathématiques en 1ère.

Annoncés par le ministre en janvier, pour remédier aux difficultés liées à la grande hétérogénéité des élèves, mais rien n’a été produit depuis. Où en est la réflexion du Ministère ?

Réponse de M. Bauduin :
Il confirme qu’actuellement, aucun groupe de travail n’y réfléchit.
La discussion porte sur la pertinence de la constitution de ces groupes qui ne doivent pas être des groupes de niveaux et conduire à une sous-spécialité pour certains élèves.

Nous proposons de nouveau une deuxième spécialité mathématiques en 1ère, avec un programme conçu dans l’esprit de l’option mathématiques complémentaires de Terminale. Ce serait une solution qui enrichirait l’éventail des possibilités pour les élèves, donc renforcerait l’esprit de la réforme. Les mathématiques ne doivent pas être attachées exclusivement aux sciences de la nature ou de la matière. Elles sont universelles et il manque actuellement une possibilité de formation aux mathématiques pour les sciences humaines et sociales, et même de développer des liens avec les lettres, les arts…

Cette proposition a l’avantage de se faire à coûts constants, mais nous insistons sur le fait que ce que nous proposons est un pis-aller pour pallier le manque de mathématiques dans le tronc commun.
Nous notons de plus que la structure du nouveau lycée général ne favorise pas les initiatives pédagogiques en mathématiques, le travail par projet, la classe inversée, le travail collaboratif etc. Avec des élèves dans le cours de spécialité qui proviennent de plusieurs groupes classe différents, les emplois du temps sont très contraignants, le cours magistral traditionnel est un moyen facile d’être sûr que tous les élèves peuvent bien faire la même chose.

Nous profitons de ce thème pour aborder la question de la répartition des choix des spécialités suivant le genre et le milieu social.
Le fait que les mathématiques ne soient pas dans le tronc commun du Lycée à partir de la 1ère implique que les professeurs de mathématiques n’y sont pas professeurs principaux, ne participent que peu aux conseils de classe, ne sont pas chargés de l’orientation. Les élèves perdent en information sur l’intérêt des études de mathématiques, voire leur nécessité, et de leurs nombreux débouchés. [2]

Concernant les options, suivant les choix de doublette on craint que les futurs professeurs des écoles n’aient pas suivi d’enseignement de mathématiques au-delà des enjeux du collège. Par ailleurs nous aimerions connaitre les établissements où les options ont été ouvertes. Il y a une crainte que l’option Mathématiques expertes ait été principalement proposée dans les lycées des grandes villes ayant des classes préparatoires scientifiques et peu dans les milieux ruraux.
M. Bauduin nous informe n’avoir pas encore la répartition territoriale. On signale les différentes stratégies des établissements. Certains n’ayant ouvert qu’un groupe d’option maths complémentaires ou maths expertes ont contraint des élèves à y renoncer.

  • 5- La réforme du concours de recrutement des enseignants.

Nous attendons depuis plusieurs mois d’en connaître le format exact.
Nous rappelons qu’il est demandé aux universités de rédiger les maquettes, alors qu’elles ne connaissent pas encore le format du concours.
M. Bauduin nous indique que l’arrêté fait l’objet d’une ultime relecture.

Nous exprimons des inquiétudes sur la formation des lauréats qui n’auraient pas suivi de master MEEF, qui seront en charge d’enseignement à mi-temps alors que les lauréats issus de MEEF le seront à plein temps. La formation reçue par les premiers serait dans le cadre d’un DU mais les établissements n’ont pas toujours les moyens de proposer de telles formations en plus des MEEF.

En fin de rencontre, nous demandons à M. Bauduin de bien vouloir transmettre notre profond regret quant à l’annonce de réouverture tardive des universités, en février 2021, deux semaines après les cafés.
Sans parler des problèmes de l’apprentissage à distance, en particulier en début d’études supérieures, la population étudiante souffre fortement de cette situation de confinement, les témoignages d’étudiants isolés, en grande détresse économique ou psychologique, sont nombreux. Si nous nous réjouissons pour eux que les élèves de BTS et classes préparatoires puissent continuer à travailler dans de bonnes conditions, il est incompréhensible que la réouverture des universités soit considérée comme la dernière des activités à reprendre !


[1] De fait on peut voir actuellement une annonce sur la page
http://quandjepasselebac.education....
ou
http://quandjepasselebac.education....

[2] cela apparaît clairement dans le tableau 5 de la note 20-38 de la DEPP sur la Répartition par origine sociale des élèves pour les doublettes les plus choisies