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Faire entendre la voix de l’APMEP dans les réseaux.

Gérard Kuntz

Gérard Kuntz [1]

Le site Internet d’une association est un outil d’une extraordinaire efficacité pour informer ses membres et pour dialoguer avec eux. Mais la voix d’un site porte très au-delà des contours de l’association. Par la vertu des moteurs de recherche, le site d’une association dynamique est proposé très fréquemment à des utilisateurs étrangers au site, en quête de données sur des sujets que traite l’association. Ces évidences sont maintenant admises, même par les plus récalcitrants à Internet.

Dans cette perspective, l’APMEP a restructuré son site pour présenter son meilleur visage aux visiteurs de toute nature. L’effort d’amélioration et de maintenance sera d’autant plus efficace que les critiques et les suggestions de ses membres seront plus nombreuses et plus innovantes. Chacun des lecteurs du Bulletin a ainsi une responsabilité dans l’évolution du site de l’APMEP, donc du message qu’il diffuse dans le monde francophone [2].

Mais une association militante ne peut se contenter du hasard des recherches sur Internet pour diffuser ses convictions. Des stratégies plus conquérantes s’offrent à elle, pourvu que ses membres acceptent le risque de rencontres et de débats sur des listes de diffusion ou des sites très fréquentés et fortement « participatifs ».

Qu’on se souvienne (pour s’en féliciter ou le déplorer) du rôle capital qu’a joué lesite d’Étienne Chouard lors du référendum sur la constitution européenne. Car tous les sites n’ont pas la même portée : même bien fréquenté, un site ne devient déterminant que lorsque s’installent en son sein des débats nourris, des controverses, des échanges, bref, un trafic informationnel intense. Très peu parviennent à ce stade. C’est pourquoi il me semble indispensable de faire entendre sa voix sur ces sites où se forgent les opinions, les idées et les pratiques de demain. Pour encourager celles qui paraissent prometteuses. Pour mettre en garde contre des dérapages prévisibles. Pour critiquer fermement les illusions et les stupidités, mêmes partagées par un grand nombre… Mais aussi pour apprendre au contact des autres, pour élargir les perspectives, pour dépasser l’inertie et le conservatisme qui guette même les enseignants… Trois exemples me viennent à l’esprit.

L’exemple de MathsDiscut

Voici un ensemble de listes de discussions à fort potentiel. Jean-Pierre Gerbal, membre éminent de l’APMEP, a proposé sur la liste « mathlyc [3] » de Nicolas Gérard (liste pilier du projet Maths’Discut) l’idée de « rencontres virtuelles » entre des collègues et une personnalité du monde scientifique. Plusieurs fois par la suite, il a relancé cette idée sur cette liste (il faut savoir insister pour se faire entendre…). Des contacts furent alors pris pour approfondir le projet et pour lui donner consistance.
Une rencontre avec le bureau de l’APMEP en décembre dernier, a précisé les responsabilités. Maths’Discut assure la partie technique de l’entreprise, l’APMEP propose son carnet d’adresses et ses relations avec diverses personnalités.
Un premier forum a eu lieu en février avec Claudine Schwartz. Voici les échanges de ce forum( [4] Une deuxième rencontre est déjà prévue en mai [5]. Ainsi se met en place un dialogue entre des collègues fortement engagés dans les technologies et des personnes dont l’expérience, le talent et la profondeur sont largement reconnus. Je parie que si de telles rencontres se multiplient, des évolutions en profondeur auront lieu, rapprochant les deux mondes que Jean-Pierre Gerbal invite à dialoguer. N’est-il pas plus profitable de débattre, de disputer même, plutôt que de s’invectiver ou se mépriser sans se connaître ? À quoi sert-il d’avoir la profondeur, le recul, la richesse d’une culture séculaire si on ne la transmet pas à la génération montante ? Quelle est l’utilité d’une technique triomphante si elle véhicule l’inconsistance ? Oui, vraiment, l’APMEP et les associations bâties autour de l’Internet ont tout intérêt à se parler, à se rencontrer et à collaborer.

L’aventure de Mathématice.

L’association Sesamath caresse depuis plusieurs années le projet d’une revue en ligne gratuite et consacrée aux technologies. Ses responsables, connaissant mon expérience du travail dans les comités de rédaction et ma sympathie exigeante pour leurs activités, m’ont demandé de participer à la conception, puis à la réalisation de cette nouvelle revue. Ni mon engagement connu à l’APMEP, ni les critiques que je leur ai adressées dans le passé (je les crois constructives) ne leur ont paru un obstacle à cette collaboration.

J’ai accepté leur invitation avec intérêt pour de nombreuses raisons. L’idée de créer une revue entièrement virtuelle me semble porteuse d’avenir. La fréquentation assidue de collègues en pointe sur de nombreux terrains techniques, est une garantie contre la routine… Le plaisir de transmettre un large pan de l’héritage dont je suis porteur (et que je dois à l’APMEP et aux IREMs) à la génération montante a été une motivation décisive. Car il n’était pas question de mettre ces richesses sous le boisseau ! Si la forme d’un article en ligne diffère profondément de celle d’un article sur papier, le fond peut être aussi solide et riche qu’un texte de revue traditionnelle.

Avec l’apport supplémentaire (et considérable) de l’animation [6] C’est en tous cas l’objectif que je me suis assigné dans cette revue. Je suggère au lecteur de juger sur pièces, en parcourant les articles déjà publiés [7]. Il découvrira plusieurs auteurs issus des IREM dans les sommaires de la revue. Je souhaiterais que des membres de l’APMEP s’y expriment sous forme d’articles ou dans les forum associés à chaque texte publié.

Les bibliographies des différents numéros déjà parus éclairent fortement l’apport des IREMs et de l’APMEP à l’enseignement des mathématiques [8].

À cet égard, PUBLIMATH donne toute sa mesure [9] pour mettre ces articles en évidence. Ainsi, les lecteurs découvrent, en même temps que les articles de Mathématice, de nombreuses références issues d’horizons qui leur sont étrangers. Il leur sera difficile ensuite de se demander à quoi servent l’APMEP ou les IREMs… Quand les articles du BV (ou de Plot) seront en ligne, ces articles eux-mêmes pourront être mis en bibliographie dans ceux de Mathématice. Ils seront lus par bien des collègues encore éloignés de l’APMEP. L’expérience montre qu’alors certains préjugés se fissurent et finissent par tomber…

Je suis persuadé que cette revue en ligne peut contribuer au rapprochement de groupes qui sont complémentaires et dont chacun (qu’il le veuille ou non) a profondément besoin des autres. Cette évolution exige du temps, beaucoup de temps. On pourra évaluer sa réalité dans dix ans. Je ne désespère pas de voir alors, parmi les membres de l’APMEP, de nombreux lecteurs de Mathématice ! Et une présence affichée de l’APMEP dans la revue.

Les listes de diffusion académiques.

Dans de nombreuses académies, ces listes (disciplinaires pour l’essentiel) permettent d’atteindre la plupart des collègues de mathématiques à peu de frais. Il suffit de s’y inscrire pour être destinataire des messages qui circulent et pour pouvoir en émettre. Pourquoi ne pas proposer aux collègues les sommaires du BV et de Plot lorsqu’ils paraissent ? Il suffirait pour cela qu’une personne par Académie (choisie au sein de la régionale) dispose du fichier PDF du sommaire et le mette en fichier joint d’un courrier sympathique pour les membres de la liste. Sans inonder les collègues par des envois intempestifs (il faut faire preuve de discernement, donc de concertation préalable au sein de la régionale), les positions de l’APMEP sur des questions importantes, les rencontres régionales, les journées nationales et d’autres informations utiles à nos collègues pourraient suivre le même chemin.

Renforcer et renouveler PUBLIMATH.

En janvier 2007, la base de données bibliographiques PUBLIMATH a été sollicitée 173 000 fois ! En 2006, la moyenne mensuelle d’accès a tourné autour de 150 000 [10] Portée sur les fonds baptismaux il y a tout juste dix ans par l’APMEP et l’ADIREM, PUBLIMATH est plébiscitée par les utilisateurs et portée par la foi et l’enthousiasme d’une équipe restreinte [11], qui aurait bien besoin de renfort. Ceux qui consultent PUBLIMATH découvrent la part essentielle de l’APMEP dans les publications des enseignants de mathématiques, tant par la qualité que par la quantité. Il faudrait systématiser l’indexation des brochures et des articles et sans doute (comme le fait déjà Repères-Irem) envisager la numérisation des articles du Bulletin (passé un certain délai après leur publication). Pour envisager une nouvelle décennie avec sérénité, l’équipe de Publimath devrait s’étoffer et se rajeunir, en vue de mettre en valeur l’immense travail accompli, en particulier par l’APMEP. La porte est largement ouverte aux jeunes collègues, désireux de participer à l’aventure et d’en renouveler la vision.

Ce sont là quatre exemples d’actions possibles pour faire connaître l’APMEP hors de sa sphère d’influence actuelle. Mais aussi pour nourrir l’APMEP d’expériences et d’idées venues d’autres horizons. D’autres collègues de notre association pourraient décrire des actions et faire des propositions allant dans le même sens. Qu’ils écrivent un texte, le BV s’en fera l’écho.

Parallèlement à un travail d’approfondissement et de développement de ses actions propres, notre association a tout à gagner à lancer simultanément des actions de conquêtes de nouveaux publics. À faire des alliances avec d’autres sites. À afficher sans complexe ses réalisations. À dialoguer avec des groupes de collègues habiles à utiliser les technologies. Je suis persuadé qu’avec de la patience, l’association se renforcera et trouvera à terme une nouvelle vitalité dans cette démarche d’ouverture conquérante.


[1] g.kun67@free.fr. Membre du comité scientifique des IREMs.

[2] Les moteurs de recherche ignorent les frontières

[3] Liste consacrée aux questions qui se posent en Lycée.

[4] 10 questions, 11 interventions à propos de la « médiane », un grand nombre de consultations des échanges (au-delà de 100 pour les questions les plus consultées). Aucun « bug » informatique au cours de cette « première »

[5] Avec Luc Trouche et Gilles Aldon sur le thème « Nouvelles technologies, nouvelles approches des mathématiques, nouvelle évaluation ? ». Voici les questions proposées : Qu’est-ce que les technologies changent dans le cours de mathématiques ? Nouvelle complexité pour le professeur, pour les élèves ? Nouvelles opportunités pour le professeur, pour les élèves ? Y a-t-il un lien fort entre nouvelles technologies et approche expérimentale des mathématiques ? La nouvelle épreuve du baccalauréat en cours d’expérimentation est-elle une chance pour la diffusion de l’usage des TICE en mathématiques ?

[6] Un exemple.

[7] Voyez par exemple la rubrique « Au cœur de Mathématice » et les nombreuses « références » à la suite des articles et des dossiers.

[8] Un partenariat avec l’une des revues « papier » renforcerait la tendance.

[9] Voyez dans le numéro de janvier la rubrique « Dossier du numéro ». Parcourez «  Les sites référencés sous cette rubrique » pour vous convaincre.

[10] Les statistiques de consultation du site de Marseille peuvent être consultées.

[11] Une petite dizaine de collègues.