L’APMEP écrit au Doyen de l’Inspection Générale de Mathématiques

- 21 octobre 2007 -

30 septembre 2005

Monsieur le doyen,

Notre association a vigoureusement œuvré pendant des années pour que les épreuves de mathématiques du baccalauréat évoluent vers des formes plus variées et ne se cantonnent pas à des exercices stéréotypés qui conduisent à un bachotage réducteur. Nous devrions donc applaudir aux changements actuels.

Cependant l’évolution entreprise nous apparaît aujourd’hui mal adaptée à la réalité : les sujets proposés sont dans l’ensemble trop ambitieux, les concepteurs d’exercice semblent surévaluer le niveau des élèves de terminale S. Ce ne sont pas les élèves de C d’autrefois, et si vous comparez les sujets de S actuels aux sujets de la section D d’il y a quelques années, l’écart de niveau sur le plan théorique saute aux yeux !

Les programmes, vous le savez, sont à la fois très riches, et l’horaire insuffisant ne permet pas de prendre le temps d’approfondir les notions, de mener des activités de recherche, de varier les approches. Beaucoup d’élèves peinent, et les mathématiques sont en train de devenir à nouveau une discipline difficile et très abstraite, où seuls les plus rapides peuvent réussir.

Certes, les difficultés de la section S dépassent largement l’écriture des sujets de bac,mais la surenchère actuelle dans les sujets contribue au découragement des élèves et des professeurs et entretient un climat délétère. Les effectifs de la spécialité maths nous semblent s’effondrer ; même de très bons élèves en mathématiques y renoncent parce qu’ils estiment plus facile d’obtenir une excellente note en spécialité physique ou SVT et y jugent la mention TB plus accessible : en physique comme en SVT, la note de travaux pratiques pousse les notes vers le haut, et le moment est mal choisi pour accroître la difficulté de l’épreuve de mathématiques qui fait figure d’épouvantail ! Le déséquilibre entre les notes des trois disciplines scientifiques était flagrant dans les jurys de juillet dernier.

Les « ROC » proposées n’ont pas toujours ciblé des démonstrations incontournables du programme, qui est d’ailleurs peu directif sur les méthodes d’exposition du cours et permet toutes les variantes : certains élèves avaient vu en cours les démonstrations demandées, d’autres pas. Vous avez vous-mêmes conclu qu’il est impossible de faire une liste de « démonstrations de cours » et les notes données à l’exercice 1 en France métropolitaine ont été très faibles et ont contribué à créer des écarts très préoccupants avec les notes des épreuves de physique et de SVT. Nous pensons que la nature de cet exercice doit être revue pour en faire un exercice plus accessible où les élèves travailleurs obtiennent plus aisément une récompense à leurs efforts.

Des exercices trop difficiles s’avèrent contre-productifs pour améliorer la formation : le sujet de la Réunion en est un exemple caricatural. En effet, lorsqu’un sujet est trop difficile, les élèves font si peu de choses que les commissions de barème sont obligées, pour sauver la face et ne pas pénaliser les candidats, de surévaluer le peu qu’ils ont réussi à faire. Ainsi, des sujets trop ambitieux conduisent paradoxalement à abaisser le niveau d’exigence de l’examen, qui ne joue plus son rôle parce qu’il ne fait plus la distinction entre les élèves moyens qui ont travaillé et les élèves les plus ignorants. Les notes se trouvent en décalage avec l’évaluation annuelle des professeurs, dont les exigences en cours d’année sont discréditées.

L’enseignement des mathématiques est aujourd’hui en difficulté, et l’épreuve de bac ne doit pas aggraver cette difficulté.

Dans l’espoir que vous voudrez bien prendre ce courrier en considération, veuillez accepter, Monsieur le doyen, l’expression de notre respectueuse considération.

Pour la commission lycée :

Michel FRECHET

Président de l’APMEP

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Courrier du 30 septembre 2005