L’épreuve du Grand Oral

Président

- 28 novembre 2020 -

La compétence "communiquer" est l’une des six compétences mathématiques que nous devons développer chez nos élèves. Cela recouvre plusieurs champs de compétences qui sont : comprendre des énoncés, produire des textes aux finalités diverses et s’exprimer oralement. Intéressons-nous plus particulièrement à l’expression orale en mathématiques qui est en lien étroit avec cette nouvelle épreuve du Baccalauréat.

Nul doute que l’oral a une place importante dans l’enseignement des mathématiques. Il a une double fonction en tant qu’objet de formation et en tant que moyen d’apprécier la compréhension et la réussite de l’élève dans ses apprentissages. Mais communiquer oralement en mathématiques n’est pas une simple transposition de l’écrit à l’oral. Les mathématiques se caractérisent par la coexistence d’un langage précis et codifié pouvant faire intervenir des symboles, et d’une langue plus proche de la langue naturelle qui permet d’échanger des idées ou de donner des explications. Par conséquent, travailler l’oral en mathématiques dans un but d’évaluation certificative, nécessite un travail spécifique tout au long des trois années de lycée. Il s’agit pour les enseignants de mettre en œuvre des activités pédagogiques nouvelles axées sur cet objectif et pour les élèves d’en comprendre les enjeux et de s’entraîner régulièrement. L’épreuve du Grand Oral va-t-elle véritablement permettre de travailler cette compétence et de l’évaluer ?

L’épreuve du Grand Oral est une des épreuves du baccalauréat des voies générale et technologique qui permet d’évaluer la capacité d’un lycéen de s’exprimer de façon claire et convaincante sur des connaissances liées aux spécialités qu’il a choisies ainsi que sur son projet de poursuite d’études, voire professionnel.

Cette épreuve obligatoire, se déroule à la fin de l’année de terminale et dure 40 minutes. Le candidat présente au jury deux questions relatives à ses deux spécialités, soit prises isolément, soit abordées de manière transversale et il traitera uniquement la question retenue par le jury. Il a ensuite 20 minutes de préparation pour mettre en ordre ses idées et créer s’il le souhaite un support - non évalué - à donner au jury, puis 20 minutes de prise de parole, composées de 5 minutes où le candidat expose la question choisie et y répond, 10 minutes d’échanges entre le candidat et les membres du jury, enfin les 5 dernières minutes d’échanges concernent le projet d’orientation du candidat. Le jury est formé par deux professeurs de matières différentes : un professeur enseignant dans l’une des deux spécialités de l’élève et un professeur enseignant dans l’autre spécialité ou l’un des enseignements communs, ou encore un professeur-documentaliste.

Beaucoup de questions se posent au sujet de cette épreuve en mathématiques. Comment les membres du jury peuvent-ils évaluer un thème sans avoir pu s’y préparer ? Comment évaluer une prestation qui concerne une autre matière et dont aucun représentant n’est dans le jury ? Peut-on faire un oral de mathématiques sans aucun support ? La préparation d’un diaporama n’est effectivement pas souhaitable et chronophage pour un impact plutôt cosmétique. En revanche, comment peut-on parler de mathématiques sans aucun support ? Il nous semble que faire des mathématiques, au vu de la nature de cette discipline, qui utilise des symboles et le langage naturel, nécessite d’utiliser un support. Lorsque nous échangeons en mathématiques, n’utilisons-nous pas un bout de nappe, un papier ou un tableau afin d’expliciter nos raisonnements et nos idées ? Un support écrit ne remplace en rien la prestation orale, qui sera le cœur de l’évaluation, mais permet de mettre en avant les mots importants, les axes choisis et accompagne le verbe, sans l’amoindrir. Cela permet aussi au jury de demander des précisions ou des compléments sur un des points évoqués. Le jury devra-t-il prendre des notes très rapidement sur tout ce qui est dit, afin de construire les questions du temps d’échanges, au lieu de s’intéresser à la prestation de l’élève ? Les modalités pratiques sont encore trop floues ; évitons que cela ne devienne une mascarade. Pour donner à cette nouvelle épreuve tout son sens et permettre une évaluation sincère, et pas seulement bienveillante, il faudra la définir avec plus de précision.

Lors de cette épreuve, les élèves pourront discuter de leur intérêt pour un point du programme, expliciter les obstacles didactiques rencontrés et la façon dont on a levé ces obstacles, donner les grandes étapes d’une démonstration, raconter un point de l’Histoire des Mathématiques sur une notion donnée pour mieux réfléchir sur les enjeux de demain et avoir une réflexion sur une utilisation des Mathématiques en Physique-Chimie ou en SVT ou dans une autre spécialité. Mais ce travail se prépare et nécessite un temps spécifique pour cela. Face à une épreuve d’une telle nouveauté, les élèves attendent l’aide de leurs enseignants, dans leurs connaissances disciplinaires certes, mais aussi dans les savoir être et savoir-faire de la communication. Une approche transdisciplinaire complémentaire serait pertinente, laissant une place à des collègues de langue, des professeurs de théâtre ou bien des professeurs documentalistes entre autres. Au vu de la densité du programme de la spécialité de mathématiques, il semble très difficile de dégager du temps pour préparer convenablement les élèves, alors même que cette épreuve compte pour 10% de la note globale au baccalauréat général. Des moyens horaires dédiés à cette épreuve sont indispensables pour accompagner les élèves dans leur préparation.

L’absence de critère disciplinaire dans l’évaluation de cette épreuve ,alors que celle-ci doit être adossée aux spécialités choisies par l’élève, nous semble étrange. Bien évidemment, on ne souhaite pas évaluer une sorte de virtuosité technique, ni un encyclopédisme culturel, mais avoir des critères sur la précision du vocabulaire, la capacité à mener un raisonnement construit, à mobiliser des exemples/contre-exemples, des définitions et des théorèmes ne nous semble pas complétement aberrant. Cela fait éminemment partie de la pratique de l’oral en mathématiques !