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La terre, des mythes au savoir.

Marc Roux

- 8 janvier 2013 -

par Hubert Krivine.

Cassini, 2011.

320 pages en 15,5 x 23.

ISBN : 978-2-84225-108-6. Prix : 26 €.

Préfacé par le philosophe Jacques Bouveresse, cet ouvrage est divisé en quatre parties :

  • 1ère partie : Son âge : La « pré-science » ; Le début des temps modernes ; Le XX° siècle et la radioactivité.
  • 2ème partie : Son mouvement : Avant Copernic ; La construction de l’héliocentrisme  ; Les distances ; La bataille de l’héliocentrisme.
  • 3ème partie : Une vérité « seulement » scientifique.
  • 4ème partie : Annexes : A. Les preuves du mouvement de la Terre ; B. Le modèle et le calcul de Kelvin ; C. La radioactivité ; D. Équivalence Copernic-Tycho Brahé ; E. Relativité des trajectoires.

Il est complété par un Glossaire, une copieuse Bibliographie et un Index.

L’objectif principal est de « réhabiliter la notion réputée naïve de vérité scientifique contre l’idée que la science ne serait qu’une opinion socialement construite ». Les deux exemples choisis : détermination de l’âge de la Terre, et de son mouvement, sont minutieusement étudiés d’un point de vue historique, des babyloniens au XXI° siècle, en passant par les savants grecs, chinois, indiens, arabes. Dans l’un comme l’autre cas, est mise en évidence la rupture conceptuelle entre d’une part les savoirs anciens basés sur les Textes Sacrés, et accessoirement sur les fausses évidences, et d’autre part les vérités scientifiques, basées sur la confrontation permanente entre observations et théorie ; autrement dit, la différence essentielle entre croyance et connaissance. L’auteur souligne les difficultés que le deuxième point de vue a éprouvées et éprouve encore pour s’imposer : pas seulement l’Inquisition, mais aussi l’imprégnation des esprits : Copernic fait intervenir dans ses démonstrations des qualités comme la noblesse, la beauté ; Giordano Bruno était un moine visionnaire plus qu’un scientifique ; Kepler croyait à l’astrologie ; et de nos jours encore fleurissent les thèses créationnistes et le « dessein intelligent ». De plus l’efficacité des nouvelles théories n’est pas toujours immédiate : le système héliocentrique circulaire de Copernic s’éloigne plus des observations que le système de Ptolémée. Dans la troisième partie figure une intéressante discussion sur le mot « vérité  ». H. Krivine reconnaît qu’aucune preuve scientifique n’est indiscutable ; il paraphrase joliment le paradoxe de Russell : « L’affirmation “ il n’y a pas de vérité absolue ” est-elle une vérité absolue ?  ». observant, après Alan Sokal, une confusion dans l’emploi du mot « science  », qui peut désigner soit « la recherche rationnelle de lois (…) aboutissant à des résultats universels…  », soit « les institutions publiques et privées censées l’organiser et la financer  », ou encore « l’ensemble des conséquences pratiques des recherches (…) souvent appelé technoscience  », il estime que les deux dernières acceptions justifient un certain relativisme.

Outre cette dimension philosophique, l’ouvrage apporte une foule de connaissances historiques, telles que les rôles de Buffon, Darwin, Kelvin quant à l’estimation de l’âge de la Terre… Les apports scientifiques sont également conséquents, en particulier (mais pas seulement) dans les annexes, où sont mises en équations les différentes théories évoquées. Le rôle de la «  mathématisation du réel  » dans l’émergence de la pensée scientifique est mis en relief : par exemple, Kelvin utilise les équations et transformées de Fourier.

Le niveau requis du lecteur pour les annexes est celui des premières années d’études supérieures ; mais tout le texte qui les précède, au style simple et limpide, est parfaitement accessible à toute personne un tant soit peu cultivée ; d’ailleurs l’un des buts avoués de l’auteur est de faire retrouver à la Science sa juste place dans la Culture.

(Article mis en ligne par Christiane Zehren)