Le projet de nouveaux programmes du primaire en question synthèse du forum de l’APMEP
Les avant-projets de l’école suscitent bien des réactions très profondes dans notre société, tant parmi les professeurs des écoles, leurs inspecteurs ou leurs formateurs que dans le monde de la recherche (sciences de l’éducation, didactique des différentes disciplines, sciences cognitives, etc.). De nombreuses associations de spécialistes se sont prononcées contre les projets de programmes, deux anciens ministres de l’éducation nationale demandent expressément au Ministre de renoncer à son projet et se prononcent pour un retour vers les programmes de 2002.
Les déclarations officielles tant de notre chef de l’état que de son ministre de l’éducation pouvaient paraître fondées. Il s’agissait de modifier les programmes pour, enfin, faire réussir les élèves en fin de scolarité primaire, tant en lecture qu’en mathématiques et pour améliorer les résultats de la France dans les évaluations internationales.
Cependant une analyse, même très rapide, montre que les programmes de 2002 ne sont en aucune manière à l’origine des échecs de l’école. On peut en effet penser que les dernières évaluations à l’entrée en sixième concernaient des élèves ayant suivi une scolarité conforme à ces programmes. Dans la pratique, il n’en est rien. Comme chacun sait, y compris notre ministre, la mise en place effective de nouveaux programmes nécessite du temps : le temps de former les enseignants des écoles, le temps d’informer les parents, voire même de les former au nouveau regard à porter sur les apprentissages à l’école, le temps d’ajuster les ouvrages aux nouveaux programmes, etc. Or ce temps n’a été laissé à personne pour parvenir à la dévolution de ces programmes à l’ensemble de la nation.
De plus, le ministre invoque les évaluations internationales comme PISA. Pourtant aucun des élèves ayant suivi intégralement les programmes de 2002 n’a passé ces évaluations qui concerne des élèves de 15 ans. La baisse du niveau des élèves français dans ces évaluations ne peut en aucun cas être imputée à ces programmes.
Les programmes de 2002, pourtant élaborés par des équipes bien identifiées de personnes compétentes, font donc office de bouc émissaire. Il faut laisser à tout programme le temps de sa mise en œuvre effective ce qui impose de former les enseignants, et, une fois les professeurs formés, laisser les programmes vivre pendant plusieurs années avant d’en évaluer les effets. De plus, la mise en place de tout nouveau programme nécessite une expérimentation sur un échantillon représentatif d’écoles et de professeurs, pendant une durée suffisante de plusieurs années. Ceci n’est pas réalisé.
La rédaction de nouveaux programmes impose une consultation transparente et effective des partenaires du système éducatif : professeurs, formateurs, chercheurs, parents, etc. Aucune consultation n’a été sérieusement mise en place.
Un regard plus mathématique posé sur les propositions de programmes montre que ces nouveaux programmes sont en contradiction avec les programmes de 2007 ou de 2002 sur un certain nombre de points :
- la place des problèmes dans les apprentissages, n’est plus centrale ; les problèmes viendront après la maîtrise des automatismes qui permettront de les résoudre,
- la priorité des techniques sur le sens,
- la précocité du calcul posé (alors qu’on sait que ce peut être un frein puissant à la mise en place de techniques de calcul mental),
- l’approche des grandeurs (longueurs, aires, volumes, masses…) vues essentiellement dans le cadre de la mesure et des conversions (alors qu’on sait que ce peut être une source d’erreurs),
- l’approche de la géométrie vue essentiellement comme une leçon de choses et de dessin (reconnaître et nommer des figures, tracer avec soin les figures planes aux dimensions données).
Enfin ces programmes ne tiennent pas compte des recherches des trente dernières années qui avaient conduit à l’écriture des précédents programmes. Sur quels résultats de recherches scientifiques sont fondés ces projets de programmes ?
Notre système éducatif s’est déjà doté des moyens d’améliorer les résultats aux évaluations nationales et internationales. Les projets de programmes ne sont en rien innovants (même la place du calcul mental était déjà affirmée dans les programmes de 2002).
