Questions-réponses

PLOT n° 31

Valérie Larose

- 18 septembre 2010 -

Évaluer ce que les élèves ont retenu de nos cours et plus particulièrement de ce que nous leur avons fait noter dans le cahier de leçons ne m’a jamais semblé très simple. Il y a les évaluations rapides du cours stricto sensu : demander aux élèves de réciter les définitions, propriétés ou théorèmes notés et signalés comme devant être appris par cœur. Ce type d’évaluation permet de dire « untel ne sait pas ses leçons » s’il n’est pas capable de les réciter mais cela ne signifie pas qu’il ne les a pas comprises car sur des exercices d’application, le même élève peut très bien réussir ! Cela permet de repérer ceux qui ont fait l’effort d’apprendre mais qui, faute d’avoir compris le fond, restituent une bouillie décourageante ; parmi ceux qui répondent sans faute, il y a ceux dotés d’une excellente mémoire mais pas forcément d’une bonne compréhension des notions en jeu. Bref, au fil des années, le seul avantage que je trouve à ce type d’évaluation est d’obliger les élèves à apprendre par cœur, faire travailler la mémoire n’étant pas à rejeter.

Tester la leçon peut se faire bien sûr à l’aide de QCM, de demandes d’exemples ou de contre-exemples illustrant telle ou telle notion mais en cas de mauvaise note, peut-on dire « l’élève n’a pas appris sa leçon ? ». Je me souviens d’une maman désespérée : la veille de l’évaluation, elle avait fait réciter à son fils toute la leçon, il était capable de la réciter ; mais voilà, lors de l’évaluation, les réponses au QCM et demande d’exemples se sont avérées catastrophiques et ma question « as-tu appris ta leçon ? » a été très mal prise ! Il y a aussi la possibilité d’interroger oralement un élève : il est au tableau et doit répondre à vos questions… difficile pour lui d’être à l’aise sans compter le peu de concentration de la part du reste de la classe attendant souvent que « ça » passe.
Finalement j’ai fini par alterner les procédés sans être bien convaincue de ce que j’évaluais exactement ni sur les bénéfices qu’en retiraient mes élèves.
C’est en temps que professeure principale au cours d’un bilan de fin d’année que j’ai pris connaissance d’une pratique mise en place au sein du cours de français particulièrement appréciée des élèves concernant l’apprentissage des leçons ; j’ai choisi de la mettre en œuvre à la rentrée 2009 et d’en faire un compte rendu pour PLOT.

Principe

A la fin de chaque heure de cours, un élève A se porte volontaire pour préparer cinq questions sur la leçon. Au cours suivant, un élève B est désigné : il passe au tableau et doit répondre aux questions posées par A. Lorsque B répond, A doit être capable de valider ou non la réponse. Chaque élève est noté sur 5 points maximum (1 point par question/réponse correcte).

Mise en place

Je demande que les questions soient écrites sur une copie, les réponses attendues aussi. Cela me permet de garder une trace écrite, de reformuler avec l’élève certaines questions et de corriger les fautes de français ! Cela me permet d’attribuer la note calmement d’ici le cours suivant sans problème de mémoire ! J’ai choisi de garder les copies pour l’instant, je pense les restituer à la fin du trimestre.
Je désigne l’élève B grâce à la touche random de la calculatrice… les élèves ont tous découvert cette touche de leur calculatrice et restent médusés ! Cela me dédouane des « pourquoi moi ? » : le hasard ne se discute pas, les choix du prof si !

Intérêts

L’élève qui a la charge des questions a vraiment ouvert son cahier de leçons et a dû repérer ce qui doit être su. J’ai remarqué plus de questions du type « ça, m’dam, faut le savoir par Cœur ? ». En classe de 5ème, nous avions écrit quatre conventions concernant les priorités opératoires, numérotées de 1 à 4. La question « récite-moi la convention n°1 » n’étant pas admise, cela oblige vraiment l’élève à comprendre la convention pour poser sa question. Nous avons défini ensemble ce qui était admis ou non ; lors des premiers cours, des élèves ont oralement formulé des questions pour exemple.
Les élèves se sont autorisé des questions utilisant le tableau, le matériel disponible dans la classe et beaucoup sont du coup plus attentifs à ce que je leur demande en cours. Lors de la leçon sur les prismes, les élèves m’ont demandé à disposer des nombreux emballages que j’avais apportés pour pouvoir demander à leur tour « montre-moi les arêtes latérales, les sommets etc. ». Les élèves aiment bien dans l’ensemble jouer au prof et nous sommes le modèle à imiter !
L’élève interrogé doit bien sûr avoir appris sa leçon pour répondre aux questions mais son attention en classe est souvent nécessaire car il y a toujours des questions sur des points traités en classe, en lien avec la leçon mais pas forcément notés… Exemple : « l’emballage du Toblerone, c’est quoi comme solide ? »

Je me suis demandé si être interrogé par un de ses pairs pouvait créer des problèmes entre les élèves : je n’ai rien perçu de tel. Je pense que l’élève A est sollicité dans la cour par d’autres pour transmettre ses questions mais si cela les incite à apprendre leur cours, alors pourquoi pas !
Il y a bien sûr des questions mal posées auxquelles j’aurais moi-même bien du mal à répondre… Pour l’élève A, voir que l’élève B ne comprend pas la question posée est intéressant. Ce n’est pas le prof qui lui en veut mais bien lui qui doit se corriger. Je le fais reformuler et nous finissons toujours par avoir une question que l’élève note sur sa copie. Lorsque l’élève B ne sait pas répondre à une question, j’incite l’élève A à reformuler sa question, à donner une piste… ce n’est pas simple mais le travail est intéressant à mener. Il est fréquent que des élèves de la classe interviennent pour ajouter leur grain de sel. Bien sûr, les plus angoissés viennent me montrer leurs questions avant l’heure H afin que je les rassure ; cela permet aussi d’en éliminer d’office et de suggérer une partie du cours à explorer.
Enfin, cette façon d’évaluer privilégie l’oral : l’élève B est au tableau et doit répondre oralement aux questions posées. Il est face à la classe et doit gérer sa timidité, ses angoisses de ne pas savoir répondre ou de répondre faux. Celui qui pose les questions doit articuler, parler suffisamment fort et se concentrer pour écouter les réponses fournies afin de les corriger.
Ceci prend environ 5/10 minutes par séance, permet à tous de se concentrer en début de cours sur la leçon, à ceux qui auraient manqué un cours de se mettre à jour… Tous ont le droit d’avoir leur cahier ouvert et ils sont nombreux à relire la définition, la propriété demandée par l’élève A, souvent fiers de l’avoir repérée dans leur cahier ; j’ai également vu à plusieurs reprises des élèves ouvrir leur cahier de leçons devant une difficulté dans un exercice…
Lorsque je demande un élève volontaire pour poser les questions, je n’ai aucun mal à voir des mains se lever ; les élèves ont vite réalisé que c’était l’occasion d’assurer une bonne note et je pense que beaucoup sont contents d’être poussés à apprendre leur leçon, sous cette forme.
Sur mon carnet de notes, j’utilise deux couleurs différentes pour désigner les élèves A et B, l’idée étant qu’en fin de trimestre, tous aient une note dans les deux situations. Cette note comptera dans la moyenne avec un coefficient moindre que celui des contrôles.

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