Le BGV — année 2025
Éditorial du BGV n°244
Encore !
Dans la presse, on appelle ça un « marronnier », le sujet revient chaque année. Pour nous enseignants, enseignantes, c’est, à chaque rentrée, en conférence de presse, une annonce ministérielle d’une action qui va tout changer, un BO [1] surprise, un nouveau changement intervenu durant l’été ou juste au moment de découvrir nos emplois du temps provisoirement définitifs.
À l’école primaire jusqu’au cycle 3, des nouveaux programmes entrent en vigueur. Parce qu’ils sont organisés par année, avec des repères précis, ils « permettent d’assurer l’acquisition progressives des savoirs et des compétences, d’évaluer les acquis des élèves et de ne pas laisser les difficultés s’installer » [2]. Est-ce vraiment l’effet que l’on attend d’un programme, et encore davantage de celui-ci, mis en œuvre à tous les niveaux en même temps et très lourd ? Ne faut-il pas d’autres moyens, par exemple éviter les fermetures de classe pour alléger les effectifs et avoir du temps à consacrer à chaque élève ?
Au collège, il s’agit « de concevoir une stratégie de réussite en quatrième et troisième » qui s’appuiera sur des heures de soutien, « devoirs faits » et les stages de réussite. Avec quels moyens ? Dans de nombreux établissements, une heure de DHG [3] seulement a été affectée pour organiser du soutien en maths et français dans toutes les classes : est-ce sérieux ? Au moins pourrons-nous compter sur les formations à l’IA [4] pour savoir demander à un modèle de langage de rédiger ces projets creux. Et puis la surprise de la première semaine : les modifications des modalités d’évaluations du DNB [5]. L’articulation entre les deux contenus « automatismes » et « résolution de problèmes » séparés nous semble pertinente. Cela permet de réaffirmer l’importance de chacune de ces deux composantes de l’activité mathématique et de travailler "sans", puis "avec", la calculatrice. Cependant, le flou, concernant les automatismes au programme et la forme que prendra cette partie à l’examen, ne permet pas de préparer les élèves sereinement.
Il en est de même au lycée où les projets de programme pour la première n’ont pas donné lieu à une parution officielle. Les collègues sont donc inquiets : doivent-ils préparer leurs élèves à l’intégralité du programme spécifique de tronc commun pour l’épreuve anticipée de première ? Et comment faire dans ce temps contraint et insuffisant ? Les annonces, sur les plans locaux d’évaluation pour le contrôle continu, ont semblé curieuses aussi car ces plans existent depuis longtemps et que si des évaluations formatives sont pertinentes, là encore le temps manque pour articuler ces différents types d’évaluation.
Au milieu de ces directives, souvent sans réel lien avec le terrain ou sans moyen permettant d’aller au-delà de l’annonce, le plaisir de retrouver nos élèves, nos collègues. Celui de voir que nos préparations de l’été fonctionnent. L’envie toujours de poursuivre la réflexion avec nos pairs, en écoutant nos élèves. Le bonheur de cette première réunion de bureau de l’année à échanger autour de ces sujets. Et une petite lumière qui s’allume quand nos députés font une lecture critique des dernières réformes concernant l’enseignement professionnel et arrivent aux mêmes constats que nous. Reconnaissant ainsi en creux notre expertise en éducation.
