L’avenir de l’enseignement des mathématiques : le point de vue d’un historien

Jean Dhombres

Un paradoxe vite dissipé : faire appel à un historien pour nous parler d’avenir ! Mais c’est qu’il est utile, pour savoir où nous allons (ou du moins où il se peut que nous allions, car l’avenir est incertain), de savoir d’où nous venons ! Le monde où nous sommes n’a pas toujours été ainsi : une jeune collègue a été surprise d’apprendre que les mathématiques n’ont pas de tout temps (depuis Euclide croyait-elle) occupé cette place privilégiée qui est la leur aujourd’hui dans la hiérarchie des disciplines scolaires. C’est ce que nous a rappelé Jean Dhombres : le métier de professeur de mathématiques n’existe de façon obligatoire dans les établissements secondaires que depuis le début du XIXe siècle. Les enseignants de mathématiques ont eu à lutter de façon militante pour établir leur place et pour la défendre ; c’est un métier de confrontations avec d’autres modes de pensée, d’autres pratiques. Le conférencier, à l’aide d’exemples comme celui de l’architecture marine, nous a montré qu’il ne suffit pas que les mathématiques soient utiles dans certains secteurs professionnels pour que, de façon automatique, celles-ci soient enseignées dans les écoles de ces corps de métiers : les mathématiciens ont à lutter, à militer pour proposer des pratiques qui viennent en concurrence avec d’autres.

Certains congressistes se souviennent, ceux qui étaient au lycée dans les années 60, que la filière d’excellence était celle des humanités classiques faites de latin et grec et que les mathématiques n’y avaient qu’un rôle mineur, que la filière moderne plus axée sur les sciences était pour des élèves de souche plus populaire ! Confrontation entre les humanités littéraires et les humanités scientifiques : ces dernières se sont imposées à la suite des besoins de la société en scientifiques, révélés par le choc provoqué, pour les pays de l’ouest, par le succès des russes dans la conquête spatiale.

Confrontations aussi entre les mathématiques pures et appliquées : ces dernières autrefois appelées mathématiques mixtes englobaient maints secteurs scientifiques comme la mécanique, l’astronomie, l’optique, l’architecture militaire, etc. La question reste d’actualité ! Quelle place accorder à ce genre de mathématiques ? Si les termes du débat ont changé — on parle de sciences mathématiques — il n’en reste pas moins d’actualité avec la place à accorder à ce que l’on désigne par le terme de modélisation.

Ces confrontations diverses sont apparemment, aujourd’hui, éloignées de la pratique enseignante quotidienne, mais il importe, nous dit Jean Dhombres, pour l’avenir de l’enseignement de notre discipline, que les professeurs se sentent concernés par ces questions au même titre que leurs aînés, même si elles ont pu être oubliées dans la période anesthésiante de réaction aux « mathématiques modernes ». L’histoire peut ainsi avoir le mérite de nous réveiller !!

Robert Noirfalise

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